Temps de lecture : 2 minutes

Le mélenchonisme n’est (définitivement) plus un humanisme. S’il est d’usage de dire des derniers convertis qu’ils sont les plus radicaux, les récentes interventions médiatiques de Ségolène Royal interrogent à bien des égards. Bouleversement doctrinal, soutien « utile » ou opportunisme électoral en vue des élections législatives ? Retour sur la position de l’ex-future présidente, ex-future première dame et ex-future macroniste, toujours ex-pulsée à l’aube de l’accomplissement de ses ambitions chimériques.

Comme le rappelait très justement le candidat LFI à l’élection présidentielle, le soutien n’est pas un synonyme de ralliement. Il est toutefois difficile de ne pas percevoir dans les récents propos de Ségolène Royal une stratégie politique en vue de bénéficier d’une investiture aux législatives. Il y a quelques semaines, l’ex-socialiste se disait prête à « apporter son aide » à Valérie Pécresse si celle-ci prenait « ses distances avec la ligne Ciotti ». Il y a cinq ans, elle soutenait à Emmanuel Macron dès le premier tour. En 2019, elle souhaitait conduire une liste avec Yannick Jadot lors des élections européennes. Aujourd’hui, elle se range derrière Jean-Luc Mélenchon.

En observatrice de l’actualité politique, Ségolène Royal est intervenue sur la crise en Ukraine. Tandis que l’Europe — et une large partie du monde — retient son souffle, elle préfère parler du droit de la Russie au « respect des accords sur la sécurité à ses frontières » en invitant les américains à « retirer leurs troupes ». Voilà une bien étrange position, pourtant fièrement épinglée sur son profil Twitter, à l’heure de la plus grave crise géopolitique de ces dernières années. Peut-être devrions-nous rappeler la présence de 190 000 soldats qui stationnent aux abords de la frontière, la mise en scène d’attaques pour légitimer une potentielle invasion ou encore la négation même de l’existence de l’Ukraine par Vladimir Poutine qui fantasme un récit national et impute à l’URSS la paternité du pays. Nostalgique de la puissance de la mère patrie et porté par le fantasme d’un impérialisme eurasiste, le président russe s’est montré réticent à toute négociation et une partie de la casse politique française trouve encore le moyen de reprocher aux américains leur présence, et aux occidentaux leur soutien, notamment via l’OTAN. La dernière sortie de Ségolène Royal n’est pas anodine et semble pleinement s’intégrer à sa nouvelle ligne politique. Dans son communiqué de presse, Jean-Luc Mélenchon prônait entre autres un non-alignement de la France et dénonçait la possibilité que les étasuniens puissent « annexer l’Ukraine dans l’OTAN » [formule par la suite modifiée NDLR]. Refuser de s’aligner, et donc de protéger une démocratie souveraine menacée par sa dictature voisine semble s’inscrire aux antipodes de l’idéal républicain français, que nous pensions pourtant très cher à ce jacobin 2.0.